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Par Alexandre du Gardin - Le 26 janvier 2021

En France, on aime les comédiens un tantinet grincheux : on pense immédiatement à l’inimitable de Funès, au séducteur Bébel… ou encore au grand Jean-Pierre Bacri. Ce dernier, légende du cinéma français, s’est éteint ce 18 janvier 2021. 

Et en tant qu’immenses fans du Monsieur dans la team, nous nous devions de rendre hommage à Jean-Pierre Bacri : un grand comédien, dramaturge et scénariste qui a marqué le 7ème Art – et les planches également, avec de nombreuses pièces de théâtre au jeu comme à l’écriture -, mais surtout un battant, contre la maladie qui l’a finalement emporté. Son nom restera pour sûr gravé dans le cœur des Français encore longtemps ! Et quoi de mieux pour vous parler du bonhomme que 5 de ses rôles les plus marquants au cinéma ?

DIDIER, d’Alain Chabat – 1997

Accompagné de l’ex-Nul Alain Chabat, Jean-Pierre Bacri forme avec lui l’un de ses duos les plus mémorables, et figure dans l’un des plus grands films de sa carrière.

Il y joue un agent de football surmené par le boulot et souvent à cran, qui doit garder le chien d’une copine. Après une journée compliquée en compagnie du beau labrador répondant au nom de Didier, ledit chien prend forme humaine… mais en conservant son cerveau de canidé ! Un scénario totalement farfelu que seul Alain Chabat aurait pu pondre, qui nous donne une comédie pleine de bons sentiments, avec un Bacri toujours juste et plus drôle que jamais. Des répliques cultes et un casting assez fou. À voir dans la seconde !

UN AIR DE FAMILLE, de Cédric Klapisch – 1998

Un film adapté de la pièce de théâtre éponyme d’Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri. Vous le savez sans doute, cette première fut la compagne de Bacri à l’époque, formant à eux deux l’un des couples les plus emblématiques du cinoche français. Ils sont restés ensemble de 1987 à 2012 et ont écrit de nombreuses pièces et films à quatre mains. Malgré leur séparation, les deux artistes ont gardé un excellent contact, et ont continué d’écrire des chouettes trucs pour le cinoche pour le théâtre.. Grosse pensée pour Agnès.

Vous avez sans doute déjà vu la silhouette d’Henri Ménard, le patron du café Au Père Tranquille et sa mythique chemise jaune, sa cravate rouge et son petit gilet bleu. Dans ce film, Bacri joue le tenant d’un bar dans lequel il reçoit chaque semaine sa famille « à peine » dysfonctionnelle. Mais cette fois-ci, un événement va troubler le bon déroulement du repas…

Le film, salué par la critique et ayant reçu plusieurs César, est un vrai bijou. On prend du plaisir à assister aux débuts de Klapisch au cinéma, notamment la mise en place de cette recette aujourd’hui classique et imparable dont le duo Jaoui / Bacri était particulièrement fan dans ses pièces : le bon vieux repas de famille. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on s’identifie toutes et tous ! On y retrouve un Bacri exaspéré et fatigué, mais toujours aussi drôle et cinglant… Des acteurs au top et des dialogues aux petits oignons complètent le tout. Tenez, échange cultissime entre les personnages d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Darroussin :

« On va arrêter cette relation merdeuse là…
– Cette relation merdeuse ?
– Cette relation à la con si tu préfères.
– Bah oui à la limite je préfère. »

CUISINE ET DÉPENDANCES, de Philippe Muyl – 1993

Une énième adaptation d’une pièce Jaoui / Bacri – qui a reçu le Molière de l’auteur – dans laquelle nous retrouvons des codes similaires et visages familiers du film précédent. L’histoire se base autour d’un couple de bourgeois ordinaire qui invite à dîner deux amis perdus de vue depuis 10 ans : un écrivain / journaliste à succès et sa femme, entièrement dévouée à sa carrière. D’autres invités sont présents dont Georges le copain hébergé, campé par Bacri.

C’est la genèse du personnage de râleur de Jean-Pierre Bacri, un caractère qui va le suivre tout au long de sa carrière. Et même s’il détestait qu’on lui colle cette étiquette, faut avouer que c’est quand même dans ce genre de rôle qu’il excelle ! Dans Cuisine et Dépendances, la chose est poussé à son paroxysme. Aigri au possible, jaloux, voire sinistre par moments, c’est un vrai régal de le voir moins conciliant que jamais. Un réel plaisir et Jean-Pierre Bacri au somment de son Art !

LE GOÛT DES AUTRES d’Agnès Jaoui – 2000

Après le théâtre, Agnès Jaoui s’essaye au cinéma et réalise son premier film, véritable succès critique puisqu’il sera nommé pour l’Oscar du meilleur film international. Le pitch ? Castella, un homme d’affaire qui donne tout pour s’immiscer dans le monde de l’Art. Un univers qui le dépasse totalement, mais dans le but ultime de plaire à une actrice pour qui son cœur a chaviré après l’avoir vue dans l’une de ses pièces…

Bacri performe dans un registre assez différent, même si l’on retrouve quelques similitudes avec ses rôles passés. Ici, on voit un homme un peu plus gauche qui ne maîtrise pas grand chose et qui a du mal à trouver sa place dans cette nouvelle sphère. Alain Chabat et Gérard Lanvin sont de la partie, dans un film au vernis humoristique qui cache des enjeux sociaux plus profonds, basés sur la discrimination et la difficulté que les gens peuvent rencontrer en essayant d’appartenir à des groupes. Un premier film d’Agnès Jaoui réussi donc, qui lui présageait une grande carrière de réalisatrice… et ça n’a pas loupé.

 

LE SENS DE LA FÊTE, d’Éric Toldedano et Olivier Nakache – 2017

Après Intouchable ou encore Nos Jours Heureux, le duo Nakache / Toledano fabrique un film sur les mêmes bases que leurs succès précédents : un juste dosage entre humour et émotion, mais aussi des dialogues et interactions entre les personnages qui miment si bien la vraie vie qu’on plonge illico dans leurs galères et moments de joie…

Jean-Pierre Bacri joue le rôle de Max, un organisateur de mariage un peu sec quoique bienveillant – c’est tout lui – qui va tenter d’organiser la meilleure soirée possible pour un futur marié odieux, et aux côtés d’une équipe de bras cassés. Une performance pleine de charme et de tendresse, quelques coups de gueule bien sûr, mais aussi une vraie âme de leader avec des employés empotés mais attachants, et enfin quelques discours profonds qui nous émeuvent à tous les coups… On redécouvre le Bacri d’antan, et c’est un bonheur indescriptible. Mention spéciale à Jean-Paul Rouve totalement insupportable, mais ô combien mémorable.

Alors voilà : on dit aujourd’hui au revoir à un monument du cinéma et du théâtre français. Un homme qui vivra à travers nos écrans et nos mémoires encore longtemps… En un mot comme en cent : au revoir Monsieur Bacri, vous nous manquez déjà beaucoup trop !